samedi 20 juillet 2013

L’architecture coréenne

L'architecture coréenne pré-moderne peut être classée en deux catégories principales : le style des palais et des temples, et le style des habitations ordinaires présentant de nombreuses variations régionales.
Pour le premier, les architectes de la Corée ancienne adoptèrent le système de soutènement. Quant au second, il se caractérisait par des toits de chaume et un chauffage par le sol appelé ondol. Les maisons de l'artistocratie étaient plus grandes et leur toit était en tuile. Les toitures étaient élégamment cintrées et soulignées d'avants-toits légèrement surélevés.
L'environnement naturel fut toujours considéré comme un élément de la plus haute importance dans l'architecture coréenne. Par exemple, de nombreux temples bouddhiques à travers le pays étaient situés dans des montagnes réputées pour leur beauté, et ils étaient construits de manière à s'harmoniser parfaitement dans le cadre naturel. Dans le choix d'un site en construction, les Coréens tendaient à accorder une signification particulière à l'environnement naturel.
Un endroit ne convenait à la construction que lorsqu'il offrait une vue convenable sur "les montagnes et l'eau"; Cette recherche d'un contact constant avec la nature n'était pas seulement une exigence d'ordre esthétique, mais relevait également des principe de géomancie dans la psychologie coréenne.
L'architecture occidentale fut introduite en Corée, lorsque celle-ci s'ouvrit au monde extérieur, vers la fin du XIXème siècle. Les églises et les bâtiments des légations étrangères furent construits par des architectes et des ingénieurs occidentaux pendant cette période.
Dans les premiers développements de l'architecture moderne, les Coréens s'impregnèrent des idées et des techniques nouvelles en s'inspirant des architectes occidentaux. Parmi ces pionniers des années 30, on compte Pak Tong-jin qui conçut le bâtiment principal de l'université de Corée.
L'architecture coréenne entra dans une nouvelle phase de développement au cours de la période de reconstruction qui suivit la guerre de Corée, après le retour de l'étranger de deux jeunes architectes ambitieux de grand talent : Kim Chung-up qui revenait de France et Kim Su-keun qui revenait du Japon. Parmi les édifices particulièrement notables de Séoul, on compte le stade Olympique de Kim Su-keun, le centre culturel Sejong de Um Tok-mum, et le Centre des arts de Kim   Seok-chul.
Séoul s'est rapidement transformée en une fascinante vitrine des styles et courants architecturaux modernes. La ligne d'horizon en perpétuelle évolution de la capitale, formée par ses gratte-ciels, témoigne de la rapidité spectaculaire des changements vécus par la nation ces dernières années.  

L’architecture vietnamienne

L'architecture vietnamienne fut portée sur les fonds baptismaux par plusieurs parrains qui l'influencèrent : Chinois au nord, Indiens et Khmers au sud. C'est d'abord dans le tracé des villes, des palais, temples, tombeaux impériaux et maisons communales qu'on découvre l'architecture vietnamienne traditionnelle.
Villes, tombeaux, palais étaient dessinés suivant des critères astrologiques et géographiques très précis. Pour déterminer le site, on appliquait la géomancie, science prenant en compte la configuration des astres au moment de la recherche du site, et aussi, parfois, des histoires de yin et de yang.
Des villes comme Hanoi et Huê, les grands tombeaux impériaux, les temples de Hoa Lu….répondirent à cette architecture. La rencontre avec le bouddhisme permit à l'architecture vietnamienne de s'enrichir et de se détacher de l'influence chinoise. Du point de vue technique, ce qui primait, c'était le toit. Aussi les architectes portaient-ils tous leurs efforts sur les pilliers et la charpente, fixée avec des chevilles (sans clou) et sculptée abondamment, contrairement à la charpente chinoise qui était avant tout laquée. Les murs n'étaient souvent que des remplissages de bois et de brique. Ce sont surtout les temples qui exprimèrent cette autonomie. Construits en forme de "h", ceints de murs sur trois côtés et d'un grand portique sur le devant, ils essaimèrent dans tout le Vietnam. Plus tard c'est dans l'édification des maisons communales dédiées au génies protégeant les villages, que s'exprima pleinement l'art vietnamien, notamment du XVIIème au XIXème siècle.
Quand aux pagodes, elles présentent souvent le même plan : trois salles en parallèle reliées au milieu par un couloir ou de petits ponts. La première, genre vestibule ou narthex, avec deux immenses génies (le bon et le méchant ou le bonheur et le malheur, ainsi que d'autres petits génies protecteurs). Au milieu, les brûle-parfums, les plateaux d'offrandes, les énormes grelots de prières en forme de carpe. Dans la dernière salle, les représentations des plus célébres mandarins et bonzes ainsi que des bouddhas du passé, du présent et de l'avenir.
L'architecture rurale vietnamienne utilise bien sûr les matériaux offerts par la nature : bois , bambou, palme, chaume de riz. Elle exprime deux influences : sur pilotis, c'est proche du style thaï ; de plain-pied, on est plus proche du style chinois. Là aussi la charpente est l'élément le plus important de la construction. A noter que la chaume de riz et les feuilles de palmes sont de plus en plus remplacés par des tuiles dites "bordelaises". Il est amusant de découvrir qur cette technique de tuile mécanique, introduite par des colons français pour leurs villas au XIXème siècle, s'est répandue au fin fond des campagnes vietnamiennes.
Quand à l'architecture moderne, elle se distingue par le style colonial français aux réminescences néoclassiques haussmanniennes, Art déco ou style villas de Cabourg. La cathédrale de Phat Diem, en photo, est un exemple de cette incroyable intégration architecturale. Ce style fut relayé à l'indépendance par l'architecture soviétique néostallinienne, le monumental bétonné et grandiloquent, dont l'un des plus beaux fleurons est la mairie de Hanoi. 

L’architecture thaïlandaise

L'architecture thaïlandaise est l'un des plus belle et raffinée d'Asie. La période de Sukhothai (XIIIème et XIVème siècles) est considérée comme l'apogée de la culture thaie par ses apports majeurs en matière d'art et d'architecture. La sculpture est l'un des témoignages durables de la période de Sukhothai. Elle se carectérise par le visage gracieux d'un Bouddha au nez aquilin, méditant assis, ou plus notablement par un Bouddha à la démarche souple. Ces repésentations sont les plus belles jamais réalisées. La ville de Sukhothai s'étendit et exporta le style décoratif et les ornements des capitales Khmères.
Par l'introduction des techniques chinoises de construction en bois et de polychromie, ainsi que par l'influence japonaise des lignes courbes gravées, le wat, ou temple, pourvu de peintures murales, de sculptures bouddhistes et de spacieux bâtiments administratifs et religieux, définit le tout premier style purement bouddhiste thai.
Cette période jeta les bases de l'achitecture du wat thailandais, ainsi classées par ordre d'importance artistique : le phra chedi (ou stupa), le bot, le wihaan, le phra prang, le mondop et le prasat, tous définis plus loin.
Le phra chedi, en forme de dôme – souvent appelé chedi et plus connu en Occident sous le nom de stupa – est la structure la plus vénérée. Il s'agit d'une forme élaborée de tumulus. A l'origine, il renfermait des reliques du Bouddha, puis celles de vénérables hommes ou souverains. Un stupa est un dôme ou tumulus construit sur une base ronde (socle), surmonté d'une assise cubique représentant le Bouddha assis abrité du chatra (ombrelle) constitué d’un pu plusieurs étages (généralement 9). Il en existe de toutes formes en Thaïlande. La plus sacrée est le chedi d'or de Nakhon Pathom.
Le bot (ubosoth ou uposatha) est l'endroit où les bhikku (moines) méditent et où toutes les cérémonies se déroulent. Il est constitué soit d'une large nef, soit d'une nef et d'ailes latérales construites sur un plan rectangulaire enchâssé d’une représentation du Bouddha. L'extrémité de chaque arête du toit est décorée d'élégants chofa (pompons du ciel) qui rappellent les cornes d'un animal. On dit qu'ils représentent les oies célestes ou le Garuda (un monstre mythologique monté par Shiva). Les pignons triangulaires sont décorés de boiserie dorée et de mosaiques de verre.
Le wihaan (vihara ou viharn) est une réplique du bot destinée à préserver les représentations du Bouddha.
Le phra prang, apparu avec la cour d'angle des temples khmers, est une nouvelle forme de stupa thailandais elliptique, qui abrite également un Bouddha.Le mondop est fait de bois ou de brique, monté sur une base carrée et soutenu par des piliers. Le toit pyramidal se compose d'une série d'étages en escalier parés des mêmes ornements en dégradé qu'un pinacle. Le mondop sert à abriter des objets sacrés (comme á Saraburi, où se trouve l'empreinte sacrée du Bouddha), ou fait office de bibliothéque ou de lieu d'entreposage des objets de cérémonies religieuses, tel que Wat Phra Kaeo à Bangkok.
Le prasat (château) est un héritage direct des temples Khmers. Il se caratérise par sa flèche au sommet arrondi et son plan cruciforme. Au centre se situe un sanctuaire carré pourvu d'un sikhara abrité d'un dôme et de quatre antichambres ressemblant à des porches, servant à protéger l'édifice principal et conférant à l'ensemble un contour découpé. Le prasat sert à abriter soit le trône royal, soit des objets d'adoration, comme à  Wat Phra Kaeo (Bangkok), dans lequel se trouvent les statues des rois de la présente dynastie.
Les structures architecturales de moindre importance incluent le ho trai ou bibliothèque, qui abrite des livres en feuilles de palmier; le sala, pavillon ouvert destiné au repos, ainsi que le ho rakhang, beffroi thailandais.
Les périodes de Ayutthaya et de Bangkok ont répandu le style de Sukhothai,parant ainsi de mille raffinements les matériaux et l'architecture. La période de Ayutthaya connut un renouveau khmer durant lequel les souverains d'Ayutthaya se rapprochèrent pour un temps de l’hindouisme et construisirent quelques temples et édifices de style néo-khmer. L'art et l'architecture caractérisant Bangkok à ses débuts furent directement inspirés par les styles dominants de l'ancienne capitale. Après la destruction de Ayutthaya au XVIIIème siècle, les nouveaux dirigeants, qui s'étaient établis à Thonburi, traversèrent rapidement la Chao Phraya pour s'installer á Bangkok. Ils tentèrent alors d'imiter la plupart des édifices distinctifs de la ville de Ayutthaya en incorporant des éléments khmers (Wat Arun), chinois, nord-thailandais et, dans une moindre mesure occidentaux, visibles dans les structures, palaces, peintures murales et wat contemporains.
La derniére influence majeure dans le développement architectural et artistique de la Thailande fut occidentale. On dit souvent qu'il s'agit du style dominant d'aujourd'hui. la tendance commença avec l’ouverture de la Thailande à l'Europe au crépuscule de la période de Ayutthaya. Les jésuites missionnaires et les marchands français apportèrent avec eux une mode résolument baroque. Malgré la réticence qui caractérisa longtemps les relations du pays avec l'Occident, l'influence européenne parvint finalement à se frayer un chemin.
Des éléments néoclassiques furent largement incorporés, notamment dans le temple de marbre de Bangkok, commencé sous le règne de Chulalongkorn en 1900 et conçu par son demi-frére, le prince Naris. Quelques dizaines d'années plus tard, l'art déco prit une ampleur considérable, comme on peut le constateraujourd'hui à la gare de Hua Lampong et le long de Ratchadamnoen. Le style est si prédominant que les spécialistes utilisent le terme de « Thaï deco ».
Aujourd'hui, á la grande consternation de quelques architectes du pays, tous les styles se mélangent : moderne, grec, Bauhaus, sophistication chinoise et origines thailandaises se côtoient, donnant ainsi un résultat souvent intéressant et parfois plaisant. Une grande partie de Bangkok ressemble beaucoup aux autres capitales asiatiques de forte expansion, telles que Hong-Kong et Singapour. Les maisons typiques de bois sont rasées au profit des grands ensembles. Les appartements et bureaux situés dans de hauts immeubles modernes hâtivement construient contrastent avec les émouvants trésors architecturaux de la ville, fort heureusement préservés pour les visiteurs amateurs d'arts asiatiques. Le palais royal (en photo) est un des plus bel exemple de l'architecture thaï.

vendredi 19 juillet 2013

introduction sur l'architecture

I. INTRODUCTION

1-


Architecture = art de construire
Construire = occuper l'espace, le découper, le limiter
=> L'architecture donne une forme à l'espace.
Les formes dépendent du choix des matériaux et de la façon de les assembler. Ici intervient l'esthétique, préférer une forme plutôt qu'une autre, ce qui constitue le style, donc une manière de s'exprimer par les formes.
Tout art est relié à celui qui le précède, même si c'est une relation d'opposition.
Notre civilisation occidentale a été fortement influencée par l'art antique (art grec, art romain).
2-architecture (art), art de bâtir, du grec arkhê (le commencement, le commandement ou le principe) et tektôn (charpentier ou bâtisseur). On entend aujourd’hui le mot " art " comme celui de création, travail de l’artiste. Il faut se rappeler son origine : l’ars latin, l’exercice d’un métier, et plus précisément, l’habileté et les connaissances acquises pour son exercice. L’architecte actuel conserve dans sa pratique cette dualité. Pour approcher l’architecture, il convient de s’attacher à l’objet, à ses formes et ses fonctions, autant qu’à une pratique et à ses protagonistes.

II. L’ART DE BÂTIR

L’architecture consiste essentiellement à élever des édifices dans un cadre culturel et technique donné. Pourquoi construire ?
A. Le programme
La construction d’un édifice relève d’un besoin individuel ou collectif, de nature utilitaire (se protéger des éléments) ou symbolique (honorer un dieu, affirmer une puissance). On nomme " programme " l’énonciation des fonctions et des contraintes auxquelles l’architecture doit satisfaire pour remplir sa fonction. Il détermine le volume, la surface, l’organisation du bâtiment. On peut distinguer cinq grandes catégories d’architectures en fonction de leur usage :
- l’architecture religieuse : un temple, une église, une mosquée, etc. répondent à des programmes différents, selon les rites pratiqués et l’importance des édifices.
- l’habitation : la localisation, l’époque, les conditions économiques et culturelles supposent des contrastes considérables, de l’habitat troglodytique au château de Versailles.
- l’architecture civile : il s’agit des édifices à usage public, à l’exception des bâtiments religieux, depuis le palais de Justice jusqu’au stade olympique en passant par l’école et l’opéra.
- l’architecture industrielle : elle compte les usines, les entrepôts, etc. Certains bâtiments bénéficient depuis peu de la reconnaissance et de la protection des institutions. Outre leur valeur d’usage, les formes et leur valeur de témoignage social et historique sont ainsi reconnues.
- l’urbanisme : l’aménagement urbain peut concerner le détail (une place, une rue) ou l’ensemble d’une ville (des villes ont été entièrement planifiées, comme Aigues-Mortes sous saint Louis ou Brasilia au XXe siècle).
B. Les contraintes
Outre le programme et les problèmes de statique, l’architecture rencontre différentes contraintes naturelles ou culturelles déterminant les choix de construction.
B.1. Le climat
Le climat détermine le choix des matériaux mais également celui des formes des édifices. Ainsi, la pente d’un toit est souvent déterminée par la quantité de pluie qu’il reçoit, le nombre et la dimension des fenêtres par les vents dominants et l’ensoleillement.
B.2. La disponibilité des matériaux
Les conditions naturelles et l’état des connaissances techniques des constructeurs déterminent l’emploi de certains matériaux.
B.3. Les conditions économiques, sociales et culturelles
Plus encore que les conditions climatiques, l’époque et les moyens de construction conditionnent sa forme. Ainsi, un peu partout, le béton armé est préféré aux matériaux traditionnels, parce qu’il est économique et rapide à mettre en œuvre. De même, les immeubles collectifs se sont imposés sous toutes les latitudes. Les contraintes de coût et d’échelle prennent aujourd’hui le pas sur des contraintes hier déterminantes, comme le climat.
C. Les moyens de l’architecture
Face à ces contraintes, l’architecture se donne des moyens : elle assujettit des matériaux bruts, en élabore de nouveaux et maîtrise des savoirs et des techniques.
C.1. Les matériaux
Les matériaux de l’architecture se caractérisent par un ensemble de propriétés physiques de résistance, d’isolation, d’aspect, etc. qui détermine leur emploi. Les principaux matériaux sont la pierre, le bois, la brique, auxquels se sont ajoutés le métal, le verre et le béton. De nombreuses régions du monde permettent l’extraction de pierre, dont la dureté et la résistance au gel est variable. Le bois, plus facile à obtenir et à mettre en œuvre, fut longtemps un matériau privilégié. Dans les pays occidentaux, son usage est aujourd’hui limité à la charpente et aux huisseries. La terre séchée (pisé) ou cuite (brique) supplée la rareté ou l’absence de ces matériaux dans de nombreuses régions. Le métal est utilisé depuis l’Antiquité comme élément de liaison dans la maçonnerie mais son usage en tant que véritable matériau de construction ne s’est développé qu’au XIXe siècle. Il en est de même pour le verre. Le béton armé, inventé au milieu du XIXe siècle, est très largement diffusé depuis la Seconde Guerre mondiale.
C.2. Les techniques
Toute construction suppose d’affronter des problèmes de statique, mais aussi d’employer les matériaux de manière à ce qu’ils supportent les pressions, tensions et tractions qui s’exercent dans tout édifice. Si aujourd’hui les architectes disposent d’importantes connaissances, grâce aux sciences de l’ingénieur, et même de moyens informatiques de simulation, il n’en fut pas toujours ainsi. L’empirisme fut la règle jusqu’au XVIIIe siècle et les plus grands architectes tenaient leur savoir de l’expérience et de l’intuition. L’effondrement des voûtes du chœur de la cathédrale de Beauvais en 1284 montre que l’audace de l’architecte a parfois devancé son savoir. L’appareil (manière dont sont taillées et disposées les pierres d’un mur) est une technique essentielle de la construction. Un mur est le plus souvent constitué d’un blocage (mortier et cailloux) tassé entre deux parois de pierres taillées (parement). Pour la couverture, les deux solutions de base sont le système pilier-linteau (les poutres sont posées sur des poteaux, des colonnes ou des murs) et le système arc-voûte (l’élément de franchissement est alors courbe et impose des efforts non pas de tension, mais de poussée vers l’extérieur qui doivent être compensés par des contreforts). La coupole ou le dôme est un type particulier de voûte sur un plan circulaire. Le premier système suppose des matériaux travaillant en compression pour le pilier (maçonnerie) et en tension pour le linteau (bois, acier, béton armé). La voûte est constituée d’un assemblage de petits matériaux (pierre, brique) ou de béton armé.
C.3. Maîtrise des techniques
Il existe une forte interaction entre l’évolution des matériaux et les solutions constructives adoptées. Cette complexité croissante exigea un savoir de plus en plus spécifique. C’est ainsi qu’au XIXe siècle, aux côtés de l’architecte et parfois le supplantant, apparut l’ingénieur. La maîtrise de l’architecture métallique a ainsi donné sa place parmi les inventeurs de formes architecturales à l’ingénieur Gustave Eiffel.
D. L’esthétique est-elle une contrainte de l’architecture ?
L’architecte n’est pas seulement un technicien : en répondant à un programme donné, il est libre de concevoir la forme qui lui convient pour son édifice. Cette liberté est toutefois soumise aux cadres idéologiques de l’époque et du lieu concerné. Ainsi, un architecte évolue dans une tradition, dans un style, une manière de construire qui codifient chacun des éléments. L’évolution de ces manières a, dans l’histoire de l’architecture, un rythme lent : séculaire le plus souvent. À l’art roman succède le gothique ... le rythme s’accélère et les styles éclatent au XIXe siècle, pour laisser place à des courants, dont l’un des plus puissants vise ... à dénoncer ces styles ! Ainsi, les architectes fonctionnalistes estiment que l’aspect du bâtiment découle de son usage plutôt que de conceptions esthétiques. Ils rejettent en cela les schémas classiques qui imposent à l’édifice de répondre à des critères formels. Dans la liberté de l’architecte de concevoir son bâtiment, le maniement des formes, même très dépendantes du style d’une époque, suppose des choix d’ordre plastique et pose l’architecte entre le technicien et l’artiste.
E. Le métier d’architecte
L’architecture est une activité qui fut et qui est pratiquée de manières diverses par des hommes dont la formation et le statut ont considérablement évolué.
E.1. L’architecture sans architectes
Le métier d’architecte n’a pas toujours existé et se limite aujourd’hui à certain édifices. En fait, la plupart des bâtiments sont construits sans qu’un architecte, reconnu en tant que tel, n’intervienne. C’est le cas de l’ensemble des constructions domestiques vernaculaires. Cette architecture, dont l’entrepreneur est souvent l’usager ou un artisan spécialisé, repose sur des savoirs traditionnels.
E.2. L’invention des architectes
Dans les grands empires des IIe et IIIe millénaires avant notre ère, les théologiens et les prêtres énoncent les règles de construction. Les chefs de chantiers, dont le rang hiérarchique est élevé mais qui appartiennent aux mêmes catégories sociales que les tailleurs de pierre ou les maçons, sont à la fois architectes et entrepreneurs. Quant à l’arkhitektôn grec, il désigne le plus souvent le maître charpentier. Cependant, aux yeux des philosophes, son mérite surpasse celui du peintre ou du sculpteur, simple imitateur de la réalité. De nombreux manuscrits médiévaux désignent Dieu comme l’" Architecte de l’Univers ", ce qui traduit le respect de la valeur de cette tâche. Nous savons cependant que les hommes qui exercent cette fonction ne sont pas désignés en tant que tels, mais le plus souvent comme " maîtres-maçons ". Le terme d’" architecteur ", puis d’architecte, calqué sur l’italien architettore, n’apparaît en France qu’au début de la Renaissance, après l’expédition de Charles VIII en Italie (1495). Jusqu’au XVIIIe siècle, la profession se confond encore avec celle d’entrepreneur. La création, à Paris, en 1671, de l’Académie royale d’architecture, organisme de conseil du roi et d’élaboration d’une doctrine, contribue à la fois à valoriser la profession et à lui donner un fondement théorique. En France, au XIXe siècle, l’architecture est enseignée uniquement à l’École nationale supérieure des beaux-arts (qui décerne un prix de Rome annuel d’architecture) et à l’École spéciale d’architecture. Les diplômés portent alors la mention DPLG : " diplômé par le gouvernement ". En 1968, l’enseignement est décentralisé et diversifié avec la création d’" unités pédagogiques ".
E.3. Les savoirs de l’architecte
Du fait des échelles actuelles très variées de pratique de l’architecture (de l’aménagement d’espaces intérieurs à l’urbanisme), les compétences requises sont très larges et une grande capacité de synthèse est indispensable. Les enseignements reçus sont d’abord d’ordre technique afin d’analyser les forces qui s’exercent sur le bâti, de connaître les matériaux et leurs qualités et de maîtriser les techniques de mise en œuvre, évolutives. Des connaissances esthétiques et une pratique plastique sont requises. Afin de répondre aux problèmes d’urbanisme posés par nos sociétés contemporaines, l’aspirant au métier d’architecte reçoit les rudiments des sciences humaines qui touchent à sa pratique : sociologie, psychologie, ergonomie, etc.
E.4. L’exercice d’une profession
La profession d’architecte peut être aujourd’hui exercée libéralement, en qualité de fonctionnaire ou comme salarié dans une agence. Un Ordre des architectes demeure. Ce métier est essentiellement un travail d’équipe, en relation avec différents professionnels : urbanistes, sociologues, paysagistes. Pour la seule conception d’un bâtiment, un seul homme parvient difficilement à réunir tous les savoirs et la capacité de travail requis. Tout chantier important est l’œuvre d’une équipe. Les agences d’architecture comptaient parfois plus de cent personnes dans les années 1960 : plusieurs chantiers étaient menés de front et les tâches étaient très fractionnées. Les agences d’architecture peuvent compter encore actuellement une cinquantaine de collaborateurs. Le temps de l’architecte " démiurge " et omniscient est loin, bien que certains d’entre eux, grâce au relais des médias, jouissent d’un prestige important.

III. APPRÉHENDER L’ARCHITECTURE

L’objet architectural est un objet spécifique et complexe. Son statut oscille entre l’objet d’art, archéologique ou monument historique, et objet d’usage courant. Le regard que nous lui portons est rarement attentif à l’ensemble de ses composantes (fonctionnelles, symboliques, esthétiques, plastiques, historiques, etc.). Intégré dans un jeu complexe de contraintes techniques et culturelles, il ne se livre pas directement à l’œil : il faut apprendre à l’appréhender.
A. Modes d’approche
Le propre d’une architecture est son caractère tridimensionnel : elle ne se livre donc que progressivement au regard. Les vues sont partielles et successives, c’est l’intelligence et la mémoire qui nous donnent une vue globale d’un édifice. Si l’observation statique permet d’appréhender une peinture, l’architecture suppose le déplacement comme mode de découverte. Outre l’expérience physique directe de la visite et le déplacement dans un bâtiment, les moyens d’approche et de connaissance d’un édifice sont variés. Les architectes ont mis au point des modes de représentation codifiée qui leur sont propres : le plan, l’élévation, la vue axonométrique notamment.
B. Niveaux de lecture
Une architecture offre différents niveaux d’intelligibilité.
B.1. Les volumes
Un bâtiment est une combinaison de volumes variés. Ils peuvent être horizontaux pour un temple grec ou verticaux dans une cathédrale. Cette combinaison est fonction de proportions, implicites ou explicites : rapport entre les hauteurs respectives du toit et de la maçonnerie, par exemple, ou encore rôle de la colonne comme unité de proportion de l’édifice, dans la façade classique notamment. Les rapports entre les volumes extérieurs et intérieurs importent également.
B.2. Les façades
Elles peuvent être vides ou pleines. Les ouvertures rythment les façades. Les façades françaises du XVIIIe siècle, par exemple, sont percées de larges baies, alors qu’en Italie, les façades demeurent plus massives. Le cas des pyramides, totalement aveugles, est rarissime en architecture. L’aspect du mur est variable. Il peut être rugueux ou lisse, s’imposer ou se faire oublier, comme dans les " dentelles de pierre " gothiques ou les parois vitrées contemporaines. Une façade s’organise au moyen de lignes de force, représentées par des colonnes, des corniches, l’alignement des fenêtres, etc. On note enfin la présence ou l’absence d’ornementations (peintures, reliefs, jeux de matériaux colorés, etc.).
B.3. Les rapports extérieur / intérieur
Les relations entre l’intérieur et l’extérieur d’un bâtiment sont modulées par les ouvertures et la nature des matériaux. La pénétration de la lumière qui en est le résultat est un élément essentiel de l’usage et de l’esthétique de l’architecture. Elle ajoute à sa symbolique dans de nombreux édifices religieux par exemple. L’architecture moderne est parvenue à son entière maîtrise : elle domestique et optimise l’entrée de la lumière naturelle dans le bâtiment, et la complète par la lumière électrique. De nombreux architectes du XXe siècle, favorisant transparence et fluidité des espaces, cherchent à faire disparaître la notion " d’intérieur " et " d’extérieur " d’un bâtiment.
B.4. La dynamique ou la statique
Le regard pour lequel l’architecture a été conçue peut être statique ou dynamique. L’impression produite est liée à la fonction essentielle que l’architecte a attaché à son bâtiment : l’usage ou le symbole. L’architecte contemporain gère les déplacements des usagers et construit des promenades architecturales. Le musée Guggenheim de New York, par Frank Lloyd Wright, que l’on parcourt dans un mouvement de spirale descendante, en est un exemple. Au contraire, l’époque classique, en valorisant les fonctions symboliques, privilégiait des points de vue fixes et des perspectives. La basilique Saint-Pierre de Rome et la place qui la précède est un modèle du genre.
B.5. L’intégration à l’environnement
L’intégration de l’édifice au milieu naturel ou urbain est parfois prise en charge par l’architecte. Il arrive que ce dernier trace et aménage la place ou la rue qui borde sa ou ses réalisations. L’architecte construit souvent son bâtiment en relation directe avec son environnement immédiat. La dimension et la forme de la parcelle urbaine et des bâtiments voisins conditionnent son travail. Ou bien, comme Frank Lloyd Wright pour la maison Fallingwater, il conçoit l’édifice pour un site naturel précis. B.6. Le témoin d’un temps L’édifice est le témoin d’un temps. Ce temps peut être lointain et l’édifice dégradé, ou même à l’état virtuel (lorsqu’il n’en subsiste que des traces, des représentations). Le bâtiment porte en lui les traces des temps qui l’ont vu naître et se transformer. Il exprime le style, mais aussi les modes de vie et les valeurs d’une époque. La détermination du style est un moyen courant de classement et de datation de l’architecture, depuis les ordres de l’Antiquité, qui, du dorique au corinthien, caractérisent les édifices et distinguent les influences, jusqu’aux " ismes " (modernisme et post-modernisme, fonctionnalisme, brutalisme, etc.) de l’architecture contemporaine. Un bâtiment reste muet si on ne peut restituer son contexte culturel d’origine.